Comme deux hirondelles en cage

Comme deux hirondelles en cage

Ces deux-là se connaissaient depuis l’enfance et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur comportement l’une envers l’autre ne laissait aucune équivoque quant à leur relation intime. Elles étaient tout simplement bien ensemble, et ce depuis les bancs de la maternelle. Elles se respectaient, se partageaient tout, se réconfortaient et se soulageaient quand cela était nécessaire. On peut donc dire qu’elles s’aimaient. D’un amour peu commun, que certains auront du mal à comprendre, mais peu importe les ragots et les bruits de couloir, elles s’aimaient, un point c’est tout.

Elles étaient toutes deux nées en 1997, juste avant l’arrivée du nouveau siècle et de l’avènement de ce qui allait bouleverser notre monde, internet. Jennifer, était brune au visage élancé, tandis que Lorie était d’une chevelure blonde entourant un visage arrondi. Mais elles faisaient quasiment la même taille, la même pointure de pied et le même tour de poitrine. Elles suivaient toutes deux des études en Histoire de l’art et partageaient, depuis quelques années déjà, un vaste appartement dans le quartier du 11e arrondissement de Paris.

Même si elles avaient bien quelques relations chacune à l’université, elles passaient le plus souvent leur temps ensemble et ce depuis bientôt 20 années. Alors, quand l’une d’elles entamait une relation avec un garçon, le temps tournait vite à l’orage et le sentiment de jalousie prenait le pas sur leur longue amitié. Ce qui fait qu’elles ne restaient pas bien longtemps en couple, du reste, les jeunes hommes les connaissant un tant soit peu préféraient les éviter plutôt que de rentrer dans une histoire compliquée avec l’une d’entre elles. Car tout le monde les pensait homosexuelles depuis bien longtemps et même si tous ces gens se trompaient sur leur compte, cela ne les gênait aucunement, bien au contraire. Deux ans plus tôt, elles s’étaient même « partagées » le même homme durant une nuit torride alors qu’elles étaient en vacances en Italie. Cette histoire de fesses cocasse, que l’italien avait assumé avec joie et talent, les avaient encore un peu plus rapprochés l’une de l’autre, car pour la toute première fois, elles s’étaient vues jouir chacune leur tour sous les assauts phalliques de l’italien au long membre.

En ce printemps 2020, où tout le monde reste confiné chez soi pour cause de propagation du Covid-19 dans les pays du monde entier, Jennifer et Lorie sont donc deux parfaites colocataires qui se connaissent sur le bout des doigts. Et en cette soirée du 21 mars, elles fêtent dignement l’anniversaire de Jennifer en s’octroyant quelques bouteilles de bon vin qu’elles gardaient de côté. Après être toutes les deux bien guillerettes et être parties dans des fous rires salutaires, elles décompressent, toutes deux allongées sur leur canapé en évoquant la suite à imaginer à cette impression glauque de fin du monde.

Tout en lui demandant ce qu’elle souhaiterait faire si c’était sa toute dernière heure à vivre, Jennifer leur resservi une tournée de bourgogne et tandis que Lorie réfléchissait à sa question en plissant des yeux, elle leur roula un petit pétard avec de l’herbe qui traînait au fond d’une boîte en fer blanc. Après avoir tiré dessus à deux reprises, Lorie s’esclaffa et hurla de sa voix pompette : « Si je devais choisir une dernière chose à faire, je choisirai de baiser ! ». Jennifer la regarda longuement avec un sourire malicieux, puis elle posa son verre sur la table basse. « J’étais sûre de ta réponse… » lui dit-elle en la débarrassant aussi de son verre. Puis, après avoir posé le mégot dans le cendrier, elle se leva sans quitter Lorie des yeux et se rapprocha de l’interrupteur pour atténuer la lumière, sous le regard intrigué de Lorie. Alors, elle la rejoint sur le canapé et se mit à lui dégrafer son chemisier et à lui caresser la poitrine. Lorie se laissait faire, penchant légèrement sa tête en avant, jusqu’à pouvoir frôler de ses lèvres la bouche pulpeuse de Jennifer. S’ensuit un baiser langoureux où leurs langues respectives valsèrent pendant de longues minutes. Puis, elles se mirent à se déshabiller mutuellement tout en se caressant sur toutes les parties du corps. Le plaisir montait en elles et bien qu’elles se soient déjà vues nues à de nombreuses reprises, elles apprécièrent de pouvoir se toucher de la sorte. C’était une grande première, car aucune d’entre elles n’avaient connues de telles relations sexuelles, même s’il leur paraissait évident que cela allait leur arriver un jour. Ensemble.

Elles étaient maintenant recroquevillées sur le canapé en position dite 69, se léchant et suçant leurs minous respectifs avec grande tendresse. Cela dura un moment, puis elles gémirent durant de longues minutes et le plaisir ressenti mutuellement les fit chavirer et se cambrer sous la jouissance atteinte. Elles étaient maintenant en sueur, mais libérées d’un certain poids qu’elles gardaient secrètement en elles depuis tant d’années. Elles se souriaient, et leurs yeux pétillants étincelaient. Elles s’embrassèrent alors à nouveau, comme pour se remercier pour cet intense moment de bonheur partagé.

Soudain, le téléphone portable de Jennifer se mit à sonner. Elle se pencha pour voir qui était l’intrus du moment. Elle put lire « Papa » sur son écran tactile, mais ne répondit aucunement. Elle retourna se blottir dans les bras de Lorie. Après tout, le monde pouvait bien tourner encore quelques minutes sans elles…

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