Jamais sans plastique

Jamais sans plastique

Il était déjà tard quand je l’invitais à boire un dernier verre, mais je ne me voyais pas la quitter comme ça, sans même l’avoir embrassée, alors que je ne souhaitais que ça depuis des heures et que j’avais comme le sentiment qu’elle aussi. Nous nous sommes donc dirigés en direction d’un des derniers bistrots de gare encore ouverts alors que la cloche de l’église avoisinante sonnait un coup pour nous faire comprendre qu’il était minuit et demi en ce dimanche matin.

Une fois à l’intérieur du troquet, nous commandâmes tous deux du vin rouge que l’on nous servit en ballons. Il faisait bon à l’intérieur et cela tranchait avec le froid sec et vivifiant qui fouettait les visages au-dehors. Nous étions bien, elle et moi, dans cet endroit public où heureusement je ne connaissais personne pour venir nous déranger, et je crois bien que nous étions tous deux légèrement allumés après nous être descendu deux bouteilles de vin en duo durant notre repas partagé. Car je l’avais invité à diner dans un resto branché de la ville, et nous y avions donc plus bu en déconnant tous les deux que mangé la moussaka qui débordait de nos assiettes. C’est comme ça quand on a 20 ans, l’amour vous tombe dessus comme une merde d’oiseau tombe du ciel, à l’improviste, et vous ne pouvez plus rien faire tant que vous n’avez pas un tant soit peu nettoyé autour de vous… Voilà pourquoi l’appétit, comme tant d’autres choses, s’échappe à grands pas sans que vous puissiez ressentir la moindre gêne dans votre estomac.

Nous n’avions pas vu le temps passer, et quand je filais aux toilettes se trouvant au sous-sol, je laissais dévier un œil sur l’horloge murale qui affichait 2 h 24 du matin, tandis que le barman en veste blanche me regarda tout en bâillant de toutes ses forces. Une fois en bas, et après avoir longuement uriné, mon cerveau put encore faire tilt lorsque j’aperçus une boîte distributrice de préservatifs qui jouxtait le grand miroir. Car j’en manquais, je le savais, je n’en avais plus depuis belle lurette. Distraitement et à voix haute, je me surpris à remercier Dieu d’avoir mis ce distributeur sur ma route, puis avec un grand sourire, j’y enfonçais une mes pièces de 1 euro. C’est là que je me mis à faire la grimace, car la machine était vide et elle ne put que me rendre ma pièce devenue inutile.

Je la retrouvais là-haut tandis qu’elle avait le regard perdu dans la large vitrine, et quand je me rassis en face d’elle, je ne pus m’empêcher de lui prendre la main, plongeant mes yeux dans les siens, durant de longues et interminables secondes. Alors ce fut elle qui se rapprocha, et c’est tout doucement que ces lèvres se collèrent aux miennes, et que bientôt, nos langues se rencontrèrent pour exécuter une valse qui me donna le tournis.

Nous nous embrassâmes encore quelques minutes, puis c’est elle qui fila aux toilettes, et c’est en se levant qu’elle effleura du bout de ses doigts ma queue raidie par le plaisir. Je profitais qu’elle se trouvait en bas pour aller réveiller le serveur. Je lui réglais la note, et lui demandais avec empressement s’il ne savait pas où je pourrais trouver une autre boîte distributrice de préservatifs. Ce dernier me répondit nonchalamment par la négative, tout en se décrochant à nouveau la mâchoire en bâillant. Alors, je le laissais se rendormir en pestant contre moi-même.

Une fois dehors, nous serrant l’un contre l’autre aussi fort que possible pour lutter contre le fouet du vent qui s’était levé, nous prîmes la décision d’arrêter un taxi pour qu’il nous dépose chez moi. Durant le trajet, le chauffeur put se rincer l’œil dans son rétroviseur intérieur tellement nous nous caressions et nous embrassions à outrance, nos cerveaux respectifs entièrement chauffés par l’alcool ingurgité. Seule ombre au tableau dans ma tête de moineau, cette histoire de capote, car si elle n’en possédait pas une elle non plus, la fin de soirée allait prendre un autre tournant bien moins jouissif… Nous arrivâmes à destination, et ma rue était encore plus déserte qu’une cour de récréation en plein mois d’août, lorsque je réglais la course au chauffeur, qui me souhaita discrètement de prendre du bon temps en me lançant un clin d’œil complice. J’en profitais alors pour lui demander moi aussi le plus discrètement possible, s’il n’avait pas un préservatif à me dépanner. Sa réponse fut négative, mais tout en souriant, il me conseilla de me rendre deux rues plus loin, où une pharmacie faisait l’angle avec un distributeur sur sa façade. Je le remerciais, et retournais me blottir contre elle, tandis que la voiture filait au loin. Alors que nous nous dirigions vers ma porte d’entrée, elle me confia qu’elle avait pu entendre ce que j’avais demandé au chauffeur, et me confia en s’esclaffant de rire qu’elle n’avait, elle aussi, pas de préservatif dans son sac à main. Je la regardais rire, la trouvant très belle, mais je ne pus en faire de même.

Un quart d’heure plus tard, j’étais à nouveau dehors marchant sur le pavé. Je l’avais confortablement installée chez moi, et après lui avoir mis un peu de musique et l’avoir langoureusement embrassée, j’étais ressorti pour me rendre à la pharmacie du coin. Qui était en travaux bien entendu ! Je ruminais et rageais seul dans la ville morte, me demandant où je pourrais bien trouver un autre distributeur, tandis que le bout de mes doigts et de mon nez se glaçaient à mesure que je pestais en solitaire. Je réveillais du reste un clochard qui dormait à terre sur un carton, et ce dernier m’envoya balader en m’injuriant de tous les noms. Je baissais alors les yeux vers le sol et fis demi-tour. Je capitulais.

Quand je fus de retour à mon domicile, je la trouvais endormie en travers de mon canapé. Je ne pus que la déchausser avec grands regrets, et la couvris d’une couverture en laine. Resté seul, j’ouvris la fenêtre de la cuisine, et me fumais une cigarette que je me dis avoir bien méritée. Puis j’allais me coucher.

Le lendemain matin, à 7 heures 15, je revenais de l’extérieur les bras chargés de croissants chauds, d’une douzaine de roses, et d’une boîte taille maxi de préservatifs. Elle se réveilla aussitôt, et après s’être excusée pour s’être endormie de la sorte la veille, elle courut dans la salle d’eau où elle se prélassa longuement sous la douche, tandis que je préparais du café. Mais quand elle sortit, elle était amoureuse, et toujours aussi nue sous mon peignoir de bain. Elle m’agrippa par la main, et nous nous retrouvâmes à faire l’amour en beauté sur mon lit aux ressorts esquintés. Et au moment où nous allions jouir tous deux, les yeux dans les yeux, je réalisais seulement que je n’avais aucunement enfilé la capote tant désirée la veille. J’éjaculais donc en elle, et le plaisir partagé fut intense et suprême. Nous savions à présent que nous étions faits l’un pour l’autre et pour un bon bout de temps.

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