Transport bien plus qu’en commun

Transport bien plus qu’en commun

Je connaissais bien cette ligne pour l’avoir emprunté tous les matins de la semaine depuis bientôt six ans. Je l’attendais par toutes les saisons, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’un beau et chaud soleil se lève à l’horizon. En général, j’arrivais à moins dix au coin de ma rue, et je patientais quelques minutes sous l’arrêt n°24, avant qu’il n’arrive pour nous charger, moi et quelques autres passagers que je connaissais vaguement de vue pour certains.

Une fois à l’intérieur, je me dirigeais toujours vers le fond, où j’arrivais normalement à me dégotter un siège libre, qui satisferait mes petites fesses durant les douze minutes de trajet qui me séparaient de ma petite entreprise, une imprimerie que je faisais tourner grâce à la population de cette petite ville de banlieue où j’étais né 38 ans plus tôt.

Une fois dans le bus, je ne me plongeais aucunement dans les pages d’un roman de gare bon marché, et n’enfonçait aucune oreillette sur mes tympans, habitudes que quasiment tous mes congénères pratiquaient quotidiennement.

Non, en fait, je laissais dériver mon regard dans la vitre, me délectant des activités matinales de la rue. En temps normal, le bus était loin d’être bondé, et chacun pouvait disposer d’un espace où se mettre un tant soit peu à l’aise. Et c’est un matin comme tant d’autres, qu’une fois assis, mes yeux de merlan frit étaient tombés sur elle.

C’était une belle femme d’une trentaine d’années, au charme certain, bien que discret, qui portait un béret rouge penché légèrement en travers de sa longue chevelure de couleur brune. Elle était assise en face de moi, et j’avais pu distinguer ses yeux verts derrière d’épaisses lunettes en écaille, qui lui donnaient une allure d’artiste.

Chaussée de bottes montantes sur un jean délavé, elle portait un paréo en guise de vêtement chaud en cette journée de fin d’automne. Soudainement, cette inconnue avait pincé mon cœur de célibataire, et la suite de la journée fut toute aussi rayonnante. Je me surpris même à siffloter gaiement devant les clients.

C’était un plaisir pour moi que de la revoir de temps à autre, et j’avais pu remarquer à la longue que c’était les mardis et jeudis. Un mardi matin donc, je n’étais pas descendu à l’arrêt qui jouxtait mon imprimerie, et j’avais poussé plus loin pour me faire une idée de là où elle descendait. Et je n’avais pas été surpris de la voir quitter le bus face à la bibliothèque municipale pour pénétrer à l’intérieur, et me promis d’aller m’y inscrire au plus tôt. Ce matin-là, j’ouvrais la porte de l’imprimerie avec quarante minutes de retard.

Quelques semaines plus tard, alors que je ne savais toujours pas comment lui adresser la parole, et que je la cherchais en vain certaines fins d’après-midis que je passais à la bibliothèque, nous nous retrouvâmes par hasard collé l’un en face de l’autre dans le bus archi bondé.

Il y avait du verglas sur la chaussée en ce petit matin hivernal, je pense que c’est la raison pour laquelle pas mal d’automobilistes endurcis avaient préféré laisser leurs bagnoles dans leur garage pour prendre les transports en commun.

Toujours est-il que nous étions donc compressées telles des sardines dans leur boîte en alu, et que mon visage se trouvait à une vingtaine de centimètres du sien. Je lui souriais, et elle me rendit mon sourire en plissant légèrement ses lèvres, comme par sympathie, mais la seconde suivante, elle me tourna carrément le dos.

J’étais donc debout, droit comme un piquet, un bras tendu vers la barre transversale du haut, et je pouvais sentir son odeur alléchante. Je m’en délectais les narines en fermant les yeux, et m’imaginais des tas de scènes et positions des plus obscènes en compagnie de cette femme-là. Sous les frétillements, je me mis à bander.

Soudain, le bus freina brusquement, et tout le monde fut légèrement secoué vers l’avant. Je me cramponnais alors encore un peu plus à la barre, mais ne put éviter le choc, et allais m’encastrer dans son dos, ma queue durcie tout contre sa raie de fesses, que seuls nos jeans respectifs séparaient. Elle retourna son visage par-dessus son épaule, et je lui souriais toujours, mais lui fit comprendre en m’excusant que je ne pouvais absolument pas reculer, tellement nous étions tous les uns sur les autres, dans une chaleur des plus suffocantes, malgré les malheureux deux petits degrés qui flottaient dans l’air au-dehors.

Le bus reprit sa route, lentement pour ne pas glisser sur une plaque de verglas que le sel déversé au petit matin par les services de la ville n’avait pas suffi à faire fondre. Et chaque vibration esquissée par le vrombissement de l’engin me faisait frémir de plaisir tant ma bite était toujours calée entre les fesses rebondies de la jolie femme au béret rouge.

Et ce frottement était un pur délice. J’avais des mèches de ses cheveux qui s’agitaient sous mon nez, et son parfum enivrant ne cessait de se répandre en moi comme un virus invisible. J’étais en nage, quand soudain j’eus l’impression qu’elle en rajoutait en exécutant un léger déhanchement de bas en haut avec ses hanches et son fessier. C’est à cet instant que je lui posais ma main libre sur son épaule, et que cette fois-ci, elle me sourit en retournant furtivement son visage.

Tout autour de nous, les gens se débattaient presque pour ne pas s’emboîter les uns dans les autres, et je me mis à me demander si tous les hommes ne collaient pas leur engin sur les fesses de toutes ces dames, non, mais quel spectacle !

Mais j’avais bien mieux à faire en cet instant, surtout maintenant que j’avais l’aval de la possesseresse de ce magnifique cul parfaitement adapté à la taille de mon pénis dressé bien droit vers le ciel. Les secousses et vibrations n’en finirent plus et je sentais monter le plaisir avec satisfaction, quand soudain, alors qu’elle se cambrait légèrement en avant, j’atteins le summum de la jouissance en lâchant un léger râle entre mes dents, et en éjaculant mon sperme chaud et visqueux dans mon slip. J’avais du mal à respirer normalement, et j’avais resserré l’étreinte de ma main sur son épaule. J’étais vidé de toute énergie.

Quand soudain le bus freina à nouveau, je vis que nous étions face à la bibliothèque. J’avais raté mon arrêt, mais je savais pourquoi. Elle se détacha, et sans un mot se dirigea vers la sortie. Elle dévala les marches pour se retrouver dans la rue tandis que je bousculais pas mal de monde pour m’approcher d’une fenêtre. De là, je la vis marcher vers la bibliothèque, puis se retournant, elle m’adressa un petit signe de la main qui en disait long sur notre avenir commun.

Une semaine plus tard, elle était dans mon lit, et quelques mois après, nous célébrions notre mariage. Aujourd’hui encore, nous nous marrons bien ensemble en évoquant cette anecdote des plus croustillante. Mais je ne me rends plus au boulot en bus.

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